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Rencontre interaméricaine des conférences religieuses

Les 22 et 23 février dernier s’est tenue à Tucson en Arizona (États-Unis) une rencontre interaméricaine entre plusieurs conférences religieuses d’Amérique :

  • la LCWR (Leadership Conference of Women Religious);
  • la CMSM (Conference of Major Superior Men);
  • la CIRM (Conferencia de Superiores Mayores de Religiosos de México);
  • la CLAR (Confederación Caribeña y Latinoamericana de Religiosas/os);
  • la CRC (Conférence religieuse canadienne).

La rencontre a débuté par une brève présentation de chacune des conférences en soulignant les caractéristiques et les défis majeurs des conférences. Les membres des conseils d’administration de la LCWR et la CMSM étaient présents à la première journée alors que seul les membres des exécutifs ont participé à la deuxième journée.

La CMSM est au service de quelques  17 000 religieux dont 13 000 prêtres répartis dans 240 congrégations. Ils sont très engagés avec la jeunesse et dans le mouvement de justice et paix. Le thème de leur assemblée générale du mois d’août sera « How to do ministry with youth » en préparation pour le synode romain. Ils ont récemment mis sur pieds un service de protection des mineurs et engagé une personne pour ce service.

La CIRM rejoint quelques 560 religieux et 5 000 religieuses représentants les 40 000 religieuses et 27 000 religieux du Mexique. La réalité nationale de violence à tous les niveaux les préoccupe beaucoup. Les familles sont divisées et les droits humains ne sont pas respectés. L’exploitation des mineurs et surtout le problème des migrants qui passent illégalement la frontière est une préoccupation majeure pour les membres de la CIRM.

La LCWR compte 14 000 membres soit 80 % des religieuses aux États-Unis. Il existe une autre Conférence parallèle qui n’a aucun lien avec la LCWR. La justice est la priorité de la conférence en particulier les enjeux d’immigration et de trafic humain.

La CLAR n’est pas une conférence en soi mais une confédération des conférences nationales de tous les pays d’Amérique du Sud de même que les Caraïbes et Cuba. Lors de leur dernière assemblée générale, les membres ont choisi le thème « Salgamos aprisa, al encuentro de la vida » (Sortons rapidement à la rencontre de la vie – Épisode de la Visitation) afin de les guider dans leurs actions pour la période 2015-2018. Les présidentes de chacun des pays se rencontrent aux 3 ans pour l’Assemblée générale. Ils ont une commission théologique et une dizaine de commissions composées des représentants(es) de différents pays. Leur siège social est à Bogotá en Colombie. Leurs préoccupations sont l’éducation face à la traite des êtres humains ainsi que l’éducation de la jeunesse. Ils ont organisé des séminaires interculturels sur le thème de l’intégration entre personnes âgées et les  jeunes.  Leur animation rejoint chaque communauté locale.

La CRC rejoint 12 220 religieuses et religieux répartis dans 240 communautés (174 de langue française et 66 de langue anglaise). La conférence est bilingue puisque les religieux des provinces de l’Ouest et de l’Est sont principalement de langue anglaise et uniquement la province du Québec est de langue française. La plupart des généralats et provincialats des communautés sont situés au Québec. L’un des défis majeurs de la CRC est le vieillissement des membres et le peu de relève. Comment transmettre l’héritage des communautés et trouver un nouveau rôle dans notre société très sécularisée? La CRC se préoccupe également sur la façon d’assister les nouvelles communautés dans la recherche de leur identité. Depuis deux ans, des sessions ont été offertes sur le thème de la relation femme-homme dans l’Église d’aujourd’hui et l’attention à porter aux Premières Nations. Le directeur et la présidente participent aux réunions bi-annuelles de l’Assemblée des Évêques du Québec et du Canada.

Après un travail d’équipe et un partage de chacun des représentants des conférences, il apparaît que plusieurs  préoccupations peuvent être communes à toutes les conférences :

  • la formation et l’information de la part des leaders;
  • le travail avec les religieuses provenant des pays de l’Amérique Latine (souvent à l’invitation d’évêques pour travailler dans des régions éloignées) spécialement du Mexique afin d’organiser des cours sur l’interculturalité;
  • le travailler commun contre la traite des êtres humains;
  • le partage des expériences entre les conférences, spécialement sur le thème de la justice;
  • la nécessité d’organiser des rencontres entre les religieux travaillant des deux côtés de la frontière, comme le font les évêques appartenant aux diocèses frontaliers;
  • la visibilité de la vie religieuse dans un monde sécularisé;
  • le soutien aux nouvelles communautés;
  • les relations entre les diverses conférences religieuses;
  • la création de liens entre les Commissions théologiques des conférences respectives (CMSM et LCWR n’ont pas de commissions théologiques);
  • la création de commissions pour travailler sur des thèmes communs;
  • l’invitation de jeunes religieux en formation;
  • la formation des jeunes générations et la diminution des effectifs;
  • le vieillissement des membres.

Une expérience humaine et spirituelle a été proposée dans l’après-midi du 23 février. Un couple travaillant avec le groupe « Tucson Samaritans | Los Samaritanos » (Les Samaritains) nous a dirigés vers le poste frontalier de Sasabe entre les États-Unis et le Mexique. Le mur qui sépare la frontière est impressionnant. Du côté des États-Unis, le désert Sonora doit être traversé durant 4 à 6 jours de marche pour arriver à la première grande ville qui est Tucson (71 km de la frontière). Des centaines de personnes ne réussissent pas à se rendre à destination. Ils meurent en chemin. En 2017, 151 personnes sont mortes dans ce désert. Les bénévoles de l’organisme Tucson Samaritans | Los Samaritanos vont porter des bouteilles d’eau à différents postes dans les sentiers qu’empruntent les migrants. Rencontrés en chemin, ils n’ont pas le droit de les ramener en auto, mais ils peuvent panser leurs plaies, leur donner de la nourriture ou un mot d’encouragement. Cette assistance humanitaire est légale.



Au pied de ce mur, en plein désert, les participants ont prié en solidarité avec les Rêveurs et les Migrants. Le texte du Lévitique 19, 33-34, a guidé leur prière: Si un étranger réside avec vous dans votre pays, vous ne le molesterez pas. L’étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers au pays d’Égypte, je suis Yahvé votre Dieu. Le témoignage de Maria, mère de famille ayant souffert de cette expérience d’injustice, fut très révélatrice. Par la suite, chacun était invité à mentionner le nom d’une personne migrante. De longs moments de silence ont marqué cette célébration. Puis, avec la Vierge Marie qui a souffert au pied de la Croix, des intentions de prières ont été offertes. Dans une chaîne d’amitié le Notre Père a clôturé cette célébration.

Frère Louis Cinq-Mars, OFM Cap, et sœur Michelle Payette, MIC, vice-président et présidente de la CRC.

Un désir unanime de cette rencontre, est d’être plus unis et solidaires pour réaliser quelque chose en faveur des personnes déplacées. Comme suite à cette rencontre de deux jours, il a été convenu d’inviter des représentants et représentantes d’autres conférences, dans la mesure du possible, à chaque assemblée générale :

  • CIRM :  26-29 avril 2018, Aguascalientes (Méxique)
  • CRC : 24-27 mai 2018, Montréal (Canada)
  • CMSM : 1er-10 août 2018, Saint Louis (Missouri, États-Unis)
  • LCWR : 7-11 août 2018, Saint Louis (Missouri, États-Unis)
  • CLAR :  29-31 août 2018, Medellín (Colombie)

Ces deux journées de rencontre furent très intéressantes et a rendus les participants encore plus solidaires de la situation de l’Église des Amériques et de la place des communautés religieuses dans le monde d’aujourd’hui.