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Communiqué de l’ARDF : Réactions au documentaire « Abus sexuels des religieuses dans l’Église catholique »

Membres de l’Association des religieuses pour les droits des femmes (ARDF), nous sommes profondément attristées, bouleversées et scandalisées à la suite du documentaire « Abus sexuels des religieuses dans l’Église catholique » diffusé les 25 et 26 avril derniers. Bien sûr, nous saluons le courage des femmes qui ont rompu le silence et fait éclater au grand jour combien la femme dans l’Église demeure, non seulement un être de seconde zone, mais carrément un objet que l’on peut utiliser à sa guise et, par surcroît, au nom de Dieu ! Ce documentaire fait ressortir avec force l’instrumentalisation de la Parole de Dieu pour justifier des comportements pervers de certains clercs au pouvoir dévastateur dans un milieu encore patriarcal et phallocratique.

Nous sommes choquées de la manière dont des personnes fragilisées sont influencées au « nom d’une fausse spiritualité ». Nous désavouons et réprouvons cette direction dite « spirituelle » confiée à des prêtres; pratique induisant à la manipulation des consciences, bien loin du respect et de la reconnaissance de la dignité des femmes.

Nous dénonçons l’obéissance aveugle envers les prédateurs allant jusqu’à obéir à l’ordre de se soumettre à un avortement. Très troublante la loi du silence, l’impunité, le seuil de tolérance des autorités envers leurs membres ainsi que les compromissions avec la vérité. Au Québec, nous connaissons les traditionnels déplacements des agresseurs d’une paroisse à une autre, d’une école à une autre, en gardant toujours ces prédateurs et ces criminels en fonction!

Depuis des siècles, une conception biaisée de la sexualité par le catholicisme favorise ces déviances. Pire encore, les nombreux interdits par les autorités cléricales concernant la sexualité ne font qu’augmenter les sentiments d’hypocrisie qui habitent chrétiens.nes depuis la connaissance de ces faits antiévangéliques et criminels. Si « dénoncer un prêtre, c’est injurier l’Église », abuser d’une personne fragilisée (enfants ou religieuses), c’est violer le Temple de l’Esprit présent en chaque être humain.

L’Église catholique traverse une grave crise de crédibilité devant ces abus de pouvoir et d’agressions sexuelles. Il est urgent de repenser, d’une manière constructive, sa vocation de transmettre l’Évangile dans toute sa radicalité et sa pertinence.

La déclaration commune de la Conférence des Évêques catholiques du Canada (CECC) et de la Conférence des Religieux.ses du Canada (CRC) exprime sa compassion pour les victimes, mais demeure bien timide pour s’attaquer aux causes institutionnelles des abus sexuels. En tant qu’ARDF, engagées pour défendre les droits des femmes, nous supplions nos évêques de suivre rigoureusement les appels du Pape François et de signaler et dénoncer tout soupçon d’abus sexuels ou de harcèlement faits par les membres du clergé ou des communautés religieuses. Nous en appelons à ne pas être complices de ces déviances et recommandons que la formation des futurs pasteurs et des agents.tes de pastorale ne se fasse plus en vase clos, mais donne des recommandations précises pour bannir ces comportements inacceptables.

Comme religieuses, cette prise de parole se veut une affirmation de notre fidélité et de notre solidarité à l’Église des baptisés.es tout en nous gardant critiques de l’institution qui la gouverne.

Pierrette Bertrand, OFSJ
Coordonnatrice de l’Association des religieuses pour les droits des femmes (ARDF)

 

Membres du Comité porte-parole :

  • Pierrette Daviau, FDLS
  • Lorette Langlais, SBC
  • Marie-Paule Lebel, SA
  • Camilla Martin, NDA