Traite humaine

Depuis 2004, la Conférence religieuse canadienne s'est engagée à supprimer la violence sous toutes ses formes en particulier la traite de personnes. En 2006, la CRC renouvelle cet engagement visant principalement à améliorer les mesures de soutien offertes aux victimes et à faire une analyse approfondie du contexte sociologique et idéologique qui sous-tend la demande relative à la traite de personnes. Forte de cette expérience d'engagement, la CRC se positionne face au problème de la traite des personnes.

La traite de personnes : Position de la CRC

La Conférence religieuse canadienne (CRC) « s’engage à continuer ses efforts en vue de supprimer la violence sous toutes ses formes en poursuivant la lutte contre la traite de personnes, en améliorant les mesures de soutien offertes aux victimes et en procédant à une analyse approfondie du contexte sociologique et idéologique qui sous-tend la demande relative à la traite de personnes ». (Déclaration de la CRC – 2006)

Depuis 2004, la CRC s’est rangée du côté des conférences religieuses, des gouvernements et des organismes non gouvernementaux (ONG) du monde entier qui acceptent la définition de la traite de personnes adoptée par les Nations Unis. La définition se trouve dans le Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (Protocole de Palerme, 2000).

La CRC réalise que le problème de la traite de personnes est très complexe et requiert une approche globale – une approche qui comprend l’analyse des facteurs socioéconomiques, des politiques en matière de migration et des relations entre les personnes de sexe opposé – pour le régler. Selon la CRC, il est très important de saisir que ce problème complexe comporte de nombreuses causes premières. Il ne s'agit pas d'un simple lien de cause à effet dans les tragédies relatives à la traite de personnes, mais de l'interaction de nombreux facteurs qui créent des tendances de dominance et d’oppression.

La CRC comprend que l'actuel modèle économique de mondialisation crée des réalités qui contribuent au problème de la traite humaine, en particulier :

  1. un plus grand nombre de personnes qui immigrent d’un pays à l’autre, surtout des femmes et des enfants;
  2. une inégalité accrue entre les personnes et les nations;
  3. un accroissement de l’appauvrissement des femmes et des enfants

Promotion stratégique globale
Compte tenu des nombreux facteurs et des nombreuses tendances socioéconomiques qui entrent en ligne de compte pour créer la tragédie de la traite de personnes, il est impératif que nous demandions au gouvernement canadien d'adopter une approche à volets multiples. Nous avons identifié clairement les éléments d'une stratégie globale et nous incitons les gouvernements à adopter une approche globale pour contrer la traite de personnes. Les éléments suivants doivent être pris en considération dans l’approche holistique que la CRC cherche à promouvoir :

  1. Reconnaître la réalité selon laquelle la nécessité d’échapper à la pauvreté au pays comme à l’étranger est un facteur commun aux personnes qui ont vécu la traite. 
  2. Lutter contre ce qui motive les trafiquants : le désir de faire du profit.
  3. Contrer la demande pour l’exploitation sexuelle.
  4. Répondre au besoin des droits des travailleurs étrangers au Canada.
  5. Éliminer l’inégalité entre les personnes de sexe opposé.
  6. Protéger les droits des personnes qui survivent à la traite de personnes.

Engagement à prendre des mesures
La CRC prend des mesures actives pour lutter contre la traite depersonnes et pour protéger les personnes ayant fait l’objet de traite :

  1. en organisant des activités de sensibilisation pour les membres de la CRC et leurs réseaux;
  2. en communiquant aux représentants appropriés du gouvernement et des organismes non gouvernementaux le fruit de nos recherches et nos expériences relatives à l’accompagnement de personnes qui ont fait l’objet de la traite de personnes;
  3. en organisant des rencontres avec des élus et élues et des analystes spécialisés dans les politiques canadiennes;
  4. en faisant des pressions auprès des députés fédéraux ou provinciaux et des sénateurs et sénatrices.

Conclusion
Dans un contexte global où les régimes d’oppression briment le caractère sacré de toutes les formes de vie sur notre planète, la CRC croit qu’une spiritualité engagée enracinée dans l’Évangile éclaire l’enjeu de la traite en son cœur même. Ayant pour mission d’être une voix prophétique dans le monde et dans l’Église, la CRC est un autre témoin parmi plusieurs qui, souvent au dépend de leur vie, vivent profondément les valeurs bibliques qui promeuvent la dignité et la liberté de tous. Les activités de la CRC tiennent compte des réalités d’aujourd’hui et s’inspirent de la résurrection du Christ qui donne espoir qu’il y aura une transformation dans le monde.

Baptisés en Jésus-Christ, consacrés publiquement à Dieu dans la vie religieuse, nous sommes appelés à être dans l'Église et dans la société le signe prophétique d'une vie vécue radicalement selon l'Évangile, d'une vie qui a fait une option prioritaire pour les appauvris, les opprimés, tous ceux et celles que la société ignore et rejette, dans notre pays comme ailleurs. « L'amour du Christ nous presse » (2Cor 5, 14) d'être solidaires avec les pauvres, de dénoncer les injustices, de promouvoir le souci de l'environnement, de travailler en faveur de la paix et de l'avènement du règne de Dieu. (Énoncé de Mission de la CRC adopté en 1990 par l'Assemblée générale.)

Visitez le site www.crc-canada.org pour obtenir de plus amples renseignements sur les travaux réalisés par la CRC pour lutter contre la traite de personnes.


Tourisme et exploitation sexuelle des enfants

Le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) a publié récemment un guide intitulée La responsabilité sociale des compagnies aériennes et l’exploitation sexuelle des enfants. Les membres du RRSE, ainsi que d’autres groupes d’investisseurs, sont particulièrement préoccupés par les enjeux relatifs au tourisme sexuel auprès des enfants. Cette réalité hautement condamnable et profondément destructrice du droit des enfants à une vie saine s’implante souvent dans le cadre d’une dynamique touristique des pays du Nord vers les pays du Sud, d’où la nécessité absolue de solliciter la contribution d’agences de voyages, de chaînes hôtelières et de compagnies aériennes pour mettre fin à ce trafic.

Selon la Coalition internationale pour un tourisme responsable, un milliard de touristes ont voyagé dans le monde et 10 % choisissent des destinations selon l’opportunité de tourisme sexuel et 2 millions d’enfants seraient forcés par des réseaux clandestins et illégaux à devenir victimes d’exploitation sexuelle (http://www.coalition-tourisme-responsable.org/tourisme-responsable.html). De même, l’Organisation internationale du Travail, les Nations Unies, l’Association internationale des Hôtels et Restaurants ont tous publié des rapports affirmant que les régions touristiques peuvent être la source d’une demande accrue de la prostitution infantile. Les touristes canadiens ne font malheureusement pas exception et les grandes entreprises canadiennes œuvrant dans le domaine touristique international ne peuvent rester indifférentes devant ce constat.

Le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE) est un regroupement de communautés religieuses, d’organismes et d’individus dont la mission est de promouvoir la responsabilité sociale des entreprises par l’actionnariat engagé. En tant qu’investisseurs, les membres du RRSE accordent une plus grande importance aux enjeux environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance. Le RRSE est notamment membre des Principes pour l’investissement responsable (PRI) et tâche de mettre en œuvre l’engagement de ses membres à être des investisseurs actifs dans la promotion des meilleures pratiques de gouvernance, de la défense des droits de la personne et de l’environnement auprès des entreprises au sein desquelles ses membres investissent.

Le guide est disponible auprès du RRSE, www.rrse.org.


Lettre pastorale sur la traite humaine

Les évêques catholiques de la Colombie-Britannique et du Yukon ont publié une Lettre pastorale sur la traite des femmes et des enfants. La publication de cette lettre pastorale a coïncidé avec le lancement à Vancouver de la trousse de sensibilisation et d'action Nous sommes un Village Global. L'événement a eu lieu le 10 février à l'école secondaire Saint Patrick en présence de plusieurs élèves.

La lettre comprend trois volets : une présentation des faits, la réaction de l'Église catholique face à cette tragique réalité et une invitation à poser des gestes concrets pour enrayer la traite des personnes. Les évêques invitent le gouvernement à continuer la mise en place de services d'aide et de soutien aux victimes, à offrir un processus de réhabilitation qui respecte la dignité humaine et à renforcer les mesures de protection pour les rescapées de la traite. Les agences de publicité et les médias sont aussi interpellés. « Nous vous invitons, écrivent-ils, à faire état de l'exploitation continue des personnes et de ses causes dans le respect de la dignité humaine. » Les évêques implorent de mettre fin à une présentation humiliante des femmes dans les publicités, à une banalisation de la sexualité et à une promotion de modèles de consommation à outrance. Avec leur permission, nous reproduisons cette lettre en format PDF.


Bibliographie sur la traite des femmes et des enfants

JPIC-N -- Cette bibliographie comprend un choix de livres, de revues, de vidéos et films ainsi que d'autres ressources portant sur la traite humaine. Document en format PDF.


Des faits et des chiffres qui parlent de la traite des femmes et des enfants

La traite des femmes et des enfants est une réalité maintenant très bien documentée. La traite humaine touche plussieurs miliers de personnes dans le monde. Et, contrairement à ce que nous pouvons croire, le Canada n'est pas exempté.

Des Faits et des chiffres

Dans le monde
La traite des humains partout dans le monde, particulièrement celle des femmes et des enfants, est maintenant une réalité très bien documentée.

Chaque année entre 700 000 et 4 millions de femmes et d’enfants franchissent les frontières internationales comme victimes de cette traite. Selon l'UNODC, (Bureau des Nations Unies sur les Drogues et la Criminalité) 92% des personnes victimes de la traite mondiale le sont à des fins de prostitution et 48% d'entre elles sont des enfants. La Commission des droits de la femme et de l'égalité des chances de l'Union européenne rapporte un chiffre de 90% des personnes traitées à des fins de prostitution.

Encore très récemment, le 24 octobre 2007, les forces de l’ordre ont procédé à une vingtaine d’arrestations dans 7 pays dans le but de démanteler un réseau ayant trafiqué près de 140 enfants, le plus souvent des petites filles du Nigeria.

Il ne faut pas oublier les milliers d’enfants esclaves dans les industries qui rapportent un profit annuel de 9,5 milliards de dollars US. Pensons seulement aux dizaines de milliers d’enfants qui en Côte d’Ivoire, en Afrique de l’Ouest, sont forcés de travailler comme esclaves dans les plantations de cacao qui servent à faire près de la moitié du chocolat du monde.

Au Canada
Quand est-il du Canada alors que les rapports parlent de 8 à 16 000 personnes majoritairement jeunes femmes et enfants, pour des profits totalisant jusqu’à 400 millions de dollars par année? Ces victimes viennent par exemple d'orphelinats d'Ukraine, d'Asie, de pays de l'Europe de l'Est, de l'Éthiopie et d'autres pays, mais aussi du Canada; il y a donc des citoyens canadiens parmi ces victimes.

Le 24 octobre 2007, le même jour, les médias (CBC) rapportaient que les forces de l’ordre étaient sur les traces d’un groupe de proxénètes des plus violents qui opèrent depuis Preston près de Halifax. La police de Peel rapporte que le groupe de Preston recrute des jeunes filles de la Nouvelle Écosse pour des clubs de striptease et de prostitution du sud de l’Ontario. Ces jeunes filles sont forcées de rapporter au moins 1 000$ par jour aux proxénètes. Le problème éclate au grand jour quand ces filles ne veulent plus faire le travail. Les proxénètes les menacent alors et menacent aussi la sécurité de leur famille. C’est dans ce sens qu’on peut dire que ces filles sont victimes de la traite, affirme le détective Randy Cowan de Peel.

En 2006, une descente policière dans ces bordels a révélé que ce réseau fournissait de 30 à 40 jeunes filles à une quinzaine de bordels de Toronto aux trois mois, nous a rapporté la députée fédérale Joy Smith dans son allocution du 7 décembre 2006 au Parlement.

Dès la fin des années 1990, les mafias chinoise et vietnamienne ont élargi leurs opérations dans les bordels de Toronto et ont recruté des jeunes filles de l’Asie du Sud-Est. Les jeunes femmes victimes de cette traite ont été achetées pour 8 000 $ ou moins et vendues pour 15 000 $.

Dans chaque grande ville du Canada, combien de jeunes filles ont été abusées et forcées de devenir esclaves sexuelles de membres de gangs de rue?

Le 24 janvier 2007 au méga procès du gang de la rue Pelletier, 15 personnes ont été reconnues coupables de gangstérisme. Le procès a mis en lumière l'exploitation des jeunes filles par les membres des gangs de rue. Parfois recrutées dès l'école primaire ou dans les Centres jeunesse, elles sont forcées de danser nues ou de se prostituer, comme Sonia, 13 ans, recrutée de force par les Bleus un de ces gangs de rue de Montréal. Pendant six mois, elle s'est prostituée. Elle calcule avoir rapporté la coquette somme de 250 000$. « Et moi, tout ce que j'avais, c'est une teinture, des jupes et des bottes. » Selon Patrice Corriveau, coauteur d'un livre sur la prostitution juvénile, les gangs peuvent ainsi devenir millionnaires en l'espace d'un an, en exploitant tout au plus 10 filles.

Ce procès a fait suite à celui de Québec quand l’opération Scorpion en 2003 a mis à jour un réseau de proxénètes exploitant sexuellement des jeunes filles mineures. Résultat : douze membres du gang de rues Wolf Pack, dont six étaient déjà détenus, ont fait face à des accusations de proxénétisme, d'agressions sexuelles et de menaces.

Le 16 mai 2006, Sœur Claudette Bastien a eu l’occasion d’écouter le témoignage fort touchant d’une victime de la traite. C’était une femme haïtienne amenée au Canada avec un passeport diplomatique. On avait besoin de son aide pour prendre soin d’un jeune bébé et pour l’entretien de la maison avec la promesse de lui donner 280$ par mois. Son patron ne lui a jamais donné aucun « centime » et il lui interdisait de sortir, sauf trois heures le dimanche. Elle devait travailler 24 heures par jour selon les besoins du bébé. Elle mangeait peu et on lui interdisait de prendre sa douche.

Comme elle avait l’habitude d’aller à l’église lors de son congé dominical, au moment où elle pleurait à chaudes larmes, une dame s’est approchée et lui a demandé si elle avait besoin d’aide. Elle lui a raconté toute son histoire. Cette femme l’a mise en communication avec l’Association des aides familiales du Québec (AAFQ) qui a réussit à la sortir de ce milieu.

Pour savoir tout ce qui se passe dans le monde pour combattre ce fléau, on peut taper « traite des personnes » ou « traite des humains » dans Internet et on trouve plusieurs sites gouvernementaux ou d’ONG qui traitent de ce phénomène, par exemple : le Conseil canadien pour les réfugiés http://www.web.ca/ccr/trafffr.html

Le site de la CRC www.crc-canada.org contient des liens (dans la barre brune en haut) à plusieurs autres sites portant sur la traite des personnes.

Jean Bellefeuille
Responsable du dossier JPIC National
jbellefeuille@crc-canada.org
 

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